La petite histoire des débuts d’Internet à Québec

Qui se souvient de NPC (Northern Phun Co.) et d’Accès Public LLC (Liberté, Liberté Chérie!)? Pourtant, ces deux entités sont à l’origine des débuts de l’accès public à Internet dans la Ville de Québec. Northern Phun Co. (NPC) NPC est probablement le premier groupe organisé de hackers au Québec et il était basé ici, à […]

Qui se souvient de NPC (Northern Phun Co.) et d’Accès Public LLC (Liberté, Liberté Chérie!)? Pourtant, ces deux entités sont à l’origine des débuts de l’accès public à Internet dans la Ville de Québec.

Northern Phun Co. (NPC)

NPC est probablement le premier groupe organisé de hackers au Québec et il était basé ici, à Québec. Sous la plume de son éditeur, Blitzkrieg, et des « officiers » du groupe, NPC a publié une quinzaine de magazines électroniques entre 1992 et 1994. Les fichiers étaient distribués principalement sur les babillards (BBS) de Québec, mais aussi du monde entier. Il est encore possible de retrouver sur le Web certains numéros du magazine.

Quel est le lien avec les débuts du réseau Internet à Québec? En 1993, il n’y avait pas de fournisseur public Internet à Québec. En fait, il n’y en avait qu’un au Québec, Communications Accessibles Montréal (CAM.org), dont le but était d’offrir un accès en dehors du réseau universitaire. Sinon, l’accès Internet était réservé principalement, à Québec, à l’Université Laval, et c’était le RISQ (Réseau interordinateurs scientifique québécois) qui gérait le développement du réseau au Québec.

Or, s’il y a une chose que les hackers aimaient, ce sont les réseaux. Et s’il y avait une chose qu’ils affectionnaient particulièrement, c’était de s’introduire dans les systèmes téléphoniques et autres réseaux afin de se connecter à Internet, qui commençait alors à faire beaucoup de bruit au sud de la frontière, et qui leur donnait accès au reste du monde connecté. Qui de mieux alors, par passion d’abord, mais aussi grâce à une certaine expertise à l’époque très rare, pour fonder une entreprise dont l’objectif serait de rendre accessible aux gens de Québec l’accès à Internet?

Accès Public LLC (Liberté, Liberté Chérie)

La création de cette entreprise dirigée par Mario Cantin et appelée Accès Public LLC (pour Liberté, Liberté Chérie) ne s’est pas faite sans difficulté. Il y avait à ce moment une méfiance à l’égard des fondateurs, étant donné leur bagage… N’empêche, à l’été 1994, une centaine d’utilisateurs recrutés grâce au bouche-à-oreille devenaient les premiers abonnés à un service public d’accès au réseau Internet à Québec. J’étais déjà un utilisateur d’Internet, à travers un compte de l’Université Laval, mais pour moi, c’est là qu’à réellement débuté ma vie d’internaute. J’avais pris contact avec certains des membres de NPC un peu avant le lancement de LLC et j’ai été recruté pour administrer les systèmes Usenet et FTP.

C’était l’époque d’Archie (un des premiers moteurs de recherche, développé à Montréal à l’Université McGill), de Gopher, de Usenet et des emails avec Pine. D’IRC, aussi. Du moins, IRC d’avant que ça devienne l’étrange lieu de rencontre et d’échanges que la plupart des gens ont connus des années plus tard. C’était aussi l’époque de l’anonymat et des nicknames. LLC, c’était entre autres Blitzkrieg, l’intellectuel visionnaire, Kermit, l’homme qui codait et configurait plus vite que son ombre et Gurney Halleck, le Überhacker, guru de la sécurité réseau. Les utilisateurs n’étaient pas différents et je les ai d’abord connus sous les noms de Méphistophélès et autres Iseult. L’on sortait de l’anonymat en fréquentant le lieu de rencontre de plusieurs internautes, la légendaire Fourmi Atomik, rue d’Auteuil.

Le côté « graphique » d’Internet n’existait pratiquement pas à l’époque. Le Web n’était qu’à ses débuts. J’ai eu la chance d’être aux premières loges et de voir les premières versions de Mosaic et les premières pages Web. Les utilisateurs étaient alors branchés uniquement en mode dial-up, d’abord en accès Shell, plus tard en connexion « SLIP » qui permettait l’utilisation d’applications Internet installées sur le PC, dont éventuellement la première version de Netscape Navigator.

Les abonnés de LLC se connectaient au mieux grâce aux « puissants » modems US Robotics Sportster 14.4 kbps de l’époque, au pire avec des modems 2400 ou 9600 bps. Et comme il n’y avait au départ qu’une dizaine de lignes téléphoniques, l’accès était souvent difficile aux heures de pointe… Pour ma part, j’étais en Cadillac : je m’étais installé une ligne téléphonique additionnelle chez moi et j’étais connecté en permanence à partir d’un ordinateur sur lequel roulait Linux, dont le kernel devait être rendu à la version 0.99 patch level 14. LLC chargeait alors autour de 25-30 $ par mois aux utilisateurs pour l’accès, avec une limite de 10 heures par semaine si ma mémoire est bonne.

Le service à la clientèle était mauvais, mais on s’amusait bien dans le loft de Mario situé dans l’ancien St-Roch, transformé en salle de serveurs, où les modems rendaient l’âme les uns après les autres. On jouait au jeu qui allait changer le monde du jeu 3D : Doom. L’un des premiers serveurs Sun Sparc de LLC a été nommé « Biko », en l’honneur d’un activiste antiapartheid sud-africain mort en prison. Ça vous donne une idée du style éclectique qui régnait dans ces lieux. Quand les clients venaient nous porter leur chèque mensuel en main propre, ils pouvaient contempler le spectacle des serveurs et modems qui clignotaient de toute part, des bouteilles de bière vides, des centaines de CDs empilés et de la mezzanine en treillis de fer où étaient éparpillés les livres d’une des plus belles « bibliothèques » de contre-culture qui m’ait été donné de voir. Les vrais débuts d’Internet à Québec, c’était ça, et non pas Bell ou Vidéotron.

J’ai fait l’installation du kit de branchement de LLC chez plusieurs des premiers utilisateurs, ainsi que pour quelques-unes des premières organisations « branchées » de Québec, dont le café Ulysse et Pénélope, l’institution Robert Giffard et Meubles Tanguay.

ClicNet Télécommunications

À peine une année après son ouverture, Accès Public LLC s’est associée à Élan Informatique et est devenue ClicNet Télécommunications. Le portrait de l’entreprise a rapidement changé, les fondateurs initiaux, dont plusieurs étaient des étudiants, se dévouant à de nouveaux projets.

Quant à moi, ma route a divergé et m’a mené à l’extérieur de la région pendant quelques années et j’ai depuis perdu la trace de pratiquement tous ces pionniers et premiers utilisateurs qui font partie de la petite histoire d’Internet à Québec. Si vous vous reconnaissez parmi ceux-ci, faites-moi signe, à psoucy (at) gmail.com ou sur Twitter, psoucy9 et devenez membre de cette page Facebook.

Pascal « Phrog »


À propos de Nicolas Roberge

Je suis le président d'Evollia et le père de 2 enfants merveilleux. Ceci est mon refuge numérique où je blogue sur un tas de sujets variés qui me passionnent.

On se tient au courant pour les prochains articles?



Gardons contact

Google+FacebookTwitterLinkedinFlickrYouTube

  • Que de souvenirs!

    Avant LLC, j’avais accès au net par Delphi http://en.wikipedia.org/wiki/Delphi_(online_service)
    Ça coûtait tellement cher.. quelque chose comme 100$ pour quelques heures d’utilisation par mois.

    Par la suite, je me suis intéressé au Web et je travail dans ce domaine depuis ce temps. J’ai d’ailleurs été à l’emploi de ClicNet pendant 4-5 ans.

    Mon nom d’utilisateur sur LLC était « krystall ».

    Très bon article!

  • Merci Patrick.

    J’ai aussi travaillé au tout début pour ClicNet, pendant quelques mois, avec Louis-Marius dans les bureaux dans St-Sauveur. Tu dois bien connaître Chouin, je pense qu’il travaille encore là!

  • J’étais aussi client de LLC dès ses débuts. Auparavant, j’y accédais via shell sur un serveur de l’Université Laval. J’avais switché par la suite à Autoroute.Net et plus tard à Videotron en dial-up.

  • Sachant que je voulais créer un engin de recherche pour mon service d’information des spectacles Québec sur scène, Blitz, m’a demandé de contacter Gurney pour avoir un accès root et ainsi pouvoir installer un script de recherche d’événement par date (c’était en mars ou avril 1995.) La réponse que j’ai eu de Gurney était du genre: “Ben voyon, ça pas d’estie de bon sens… non” pour ainsi quasiment me raccrocher au nez. C’est une histoire qui fait bien rire notre fille. Voici une photo de Gurney avec notre fille Marie-Tangerine (oct. 2008) http://www.marie-tangerine.com/2008/10/13/8-ans/

  • Gurney sait parler aux dames 🙂

  • Eric Morency

    Pour moi, c’est un contact à l’université Laval qui m’a permis d’être du début du web à Québec. « Trumpet Winsock » et Netscape 1.0…le N qui battait comme un coeur…Je me souviens qu’à ce moment j’avais appris l’échange de John Wettland des Expos avant tout le monde. On est en 1994 et les nouvelles étaient très lentes à sortir….mais avec Internet, c’était impressionnant! Dans l’histoire, il ne faut pas oubliez Megatoon Québec dans les fournisseurs d’accès.

  • wow! que de souvenirs! J’avais oublié les quelques soirées passées à browser chez Mario une bière de la main gauche et une souris de la droite… J’ai d’ailleurs encore le US Robotics 28.8 acheté chez LLC…

    c’était tellement mieux que de passer son temps sur les Gopher à partir de l’université Laval ou encore de payer $$$$ sur GeNie, Delphi ou Compuserve…

    Viva Mosaic!

  • Gurney Halleck

    Je me souviens quand j’ai quitté LLC pour être remplacé par Patrick Morin. Beaucoup d’usagers étaitent très appréhensif… Ce nouveau gars là ne serait jamais aussi bon que Gurney disaient-ils!


Autres publications et présences de Nicolas dans les médias